Lettre à Pete Doherty

Cher Pete Doherty,

Que reste-il lorsque l’alcool et la drogue ont pris l’homme, le respect, les comportements, la tenue, la beauté? Il reste la musique. Tous les amateurs de rock le diront: tes albums sont des petits bijoux, tu es talentueux et créatif. Je me réjouissais de te voir en live: partager la même salle d’une légende, ça ne se refuse pas.

Hier soir, à l’hôtel de Ville de Bulle, tu m’as tout simplement impressionnée. Il faudrait que tu m’expliques comment tu arrives à encore tenir ta guitare et à chanter avec toutes les substances que tu ingurgites.

Parmi les festivaliers, il y avait beaucoup de rumeurs. Allais-tu venir, et si oui, dans quel état? Une bénévole m’a même confié qu’elle avait vu ce qu’on avait apporté dans ta loge: «Il y a de quoi saouler un régiment!».

Quelques minutes avant le concert, je profite de faire une pause toilette, mais voilà que tu débarques en avance (!), en agrippant aux rampes des escaliers pour te hisser sur la scène.

Tu m’as beaucoup fait voyager. D’un coup, j’étais dans un pub alternatif d’Angleterre d’il y a une dizaine d’années, où les plus grands groupes d’indie actuels ont fait leurs dents, à grand coups de bières, sous fond d’ambiance sex, drugs & rock’n’roll. En d’autres mots, je n’avais pas tout à fait l’impression d’être dans la même salle enfumée où j’avais assisté à de (trop) nombreux lotos mortels, remplis des résidents des EMS environnants, criant d’une voix rauque qu’ils ont gagné le gros lot. Pris au troisième degré, ton concert reste une expérience intéressante.

Mais où cela en devient vraiment triste, Pete, c’est que la qualité de ta musique, pourtant si géniale, en pâtit. L’acoustique était si exécrable que je n’aurais jamais pu suivre ton concert sans protections auditives. Je n’avais jamais vu une acoustique si mauvaise, entre sifflements du micro, violon inexistant, ta voix pâteuse disparaissant sous ta guitare beaucoup trop forte.

Mais d’ailleurs, peut-on vraiment appeler ce que tu as présenté un concert? Peut-être c’était une pièce de théâtre. Je te propose comme titre: «L’alcool et la drogue mise en scène par Pete Doherty, accompagné de musiciens te regardant avec un drôle mélange de désespoir, d’étonnement et de tendresse, sous fond de guitare énervé et de refrains parfois compréhensible».

Et que s’est-il passé lors du rappel? Attendre le dernier moment pour ré-apparaître sur scène alors que les lumières se rallument, hurler une chanson de ton ex-groupe, Fuck Forever des Babyshambles, sauter deux fois dans le public, avec cette fois un peu plus de succès que la première fois, heureusement, lancer le micro dans l’audience, insulter la pauvre agente de sécurité qui protégeait le public de tes actions, balancer le synthétiseur par terre… C’était intense.

En comparaison avec les autres concerts du soir, c’est clair que tu jouais dans une autre catégorie. Après la pop tranquille de Yellow Teeth, qui fait penser à la musique sans prétention de Angus & Julia Stone, dans la magnifique cour du Château, les belles rimes du Roi Angus, à qui on prédit un joli avenir, et l’énergie des genevois des Animen, dont la réputation n’est plus à refaire, tout était pourtant bien lisse, bien convenu aux Francomanias de Bulle. Du coup, tu as mis un grabuge presque bienvenu. Un petit air totalement fou de bar alternatif anglais.

Je n’arrive toujours pas dire si c’était le concert le plus nul de ma vie, ou le plus génial. Je peux juste dire que tu m’as impressionnée dans une drôle de façon. Cela ne va sans dire que tu es certainement un génie incompris. Peut-être un des derniers d’ailleurs…

Je te souhaite tout de même bon vent, Pete. Je n’ose toutefois pas imaginer la perfection de ta musique et tes concerts si tu faisais de la sobriété un compagnon fidèle…

See you on the road,

Lauriane

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Plus sur l'auteur

Laville Lauriane

Laville Lauriane

Lauriane Laville est une jeune diplômée de l'Université de la Suisse Italienne, à Lugano. Désormais étudiante à l'Université de Berne, elle gère, entre autres, l'espace Club de Sept. Sportive, polyglotte, créative et curieuse, elle aime découvrir son environnement immédiat et même si des voyages l'ont porté au bout du monde, non, rien ne vaut une fondue avec le Moléson en arrière-fond.

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