Lectures de l’évasion - Le Rendez-vous des Arts - Louise

Chers FRiLecteurs,

Nous ne vous oublions pas en ces jours un brin désœuvrés et solitaires pour certains, remplis d’enfants, de conjoint et de tâches cumulées pour d’autres.

Evasion… voilà un mot qui passerait peut-être pour désuet si nous n’avions conservé l’espérance que tout cela aura bel et bien une fin (de préférence belle, d’ailleurs). C’est pourquoi, nous avons imaginé vous en offrir, sous la forme non de sorties, comme c’est mon habitude ici, mais de lectures. Car les livres, chers FRiLecteurs, ont bien des qualités : ils sont aux solitaire sune délicate compagnie -si ce n’est de personnages, du moins celle d’un auteur ; mais ils savent aussi nous embarquer vers un ailleurs salutaire lorsque notre environnement se fait … encombrant.

Partons donc à la rencontre de lignes qui pourront imprimer à ces heures singulières un parfum de voyage…

 

Direction Outre-Manche : un petit concentré d’humour britannique

« Le trajet High-Street-Westminster durait depuis une demi-heure environ. Jamais, dans les cinquante-quatre années de son existence, Mme Searwood n’avait trouvé une demi-heure aussi longue. Pour tout dire, cet Indien nu assis à côté d’elle la gênait horriblement ». En plein Londres bombardé par les nazis, un Indien d’Amérique dépêché 300 ans plus tôt en Angleterre pour y escorter la fameuse Pocahontas jette son dévolu sur une charmante veuve et entreprend de poursuivre auprès d’elle sa carrière de garde du corps (sous la forme de revenant, efficacité et discrétion assurées). Cette curieuse protection conduira la tranquille et très britannique Mme Searwood de périples en péripéties où le bon sens de l’héroïne concurrence l’humour burlesque de l’auteur. A circonstances exceptionnelles, compagnie exceptionnelle… un goût de vécu ?

Leonard Wibberley, Feu l’Indien de Madame, Editions Héros-Limite, collection « feuilles d’herbe »

Cap sur le Japon pour une expérience paroxysmique de l’entreprise

Si les pauses café venaient à vous manquer, ou bien le plaisir confortable de déambuler dans des couloirs entretenus par les soins de quelqu’un d’autre que vous, il n’y a pas à hésiter : lire ou relire Nothomb. La peinture de ses déboires dans une grande société japonaise aux normes aussi implacables qu’incompréhensibles laisse le lecteur hilare : au rythme des vexations qu’elle subit, la narratrice s’ingénie à moquer la cruauté de ses supérieurs aussi bien que ses propres illusions déçues par ce qu’elle nomme sa « foudroyante chute sociale » au sein de l’entreprise, de traductrice à … dame pipi. Avec le recul des années (l’ouvrage connut un grand succès public au début des années 2000), on est frappé par les ressources de la jeune Amélie pour supporter son « incroyable affectation ». Ressources de l’esprit (« la dérision pure et simple ») comme de l’imagination, car, prisonnière des commodités, sa bouée de sauvetage mentale consiste tout simplement à regarder par la fenêtre : « aussi longtemps qu’il existerait des fenêtres, le moindre humain de la terre aurait sa part de liberté ». A bon entendeur…

Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements, Le Livre de Poche n°15071

La liberté des grands espaces amazoniens : apparence et réalité

« Il possédait l'antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. » Antonio José Bolivar connaît l’Amazonie aussi bien que sa population indigène, les Shuars, de qui il a appris l’art de vivre en forêt. Là, dans ces espaces « sans limites et sans maîtres », il semble jouir d’une liberté infinie ; mais lorsqu’il s’installe dans une cabane au village d’El Idilio, la barbarie et la cupidité humaines le rattrapent en la personne de colons et de chercheurs d’or. Son besoin d’évasion intact trouve alors satisfaction dans la lecture de romans, et pas n’importe lesquels : de romans à l’eau de rose, qui parlent du grand amour, « celui qui fait souffrir ». Hymne à la beauté de la forêt et à la sagesse de ceux qui la respectent, Le vieux qui lisait des romans d’amour élève la lecture au rang de recours ultime aux esprits en quête de liberté, avec un art des mots qui sert bien son propos.

Luis Sepulveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour, Points

Une épopée russe sur les pas de Napoléon

S’il est un périple vraiment dément qui nous ferait adorer nos pantoufles, c’est bien celui de l’aventureux Sylvain Tesson au pays des tsars. Décidé, avec quatre amis, à faire le trajet de la retraite de Russie de 1812 deux cents ans plus tard, rien n’arrête la soif de sensations fortes et de panache de celui qui se dit « écrivain voyageur » : ni le récit apocalyptique des malheurs de la Grande Armée dont il émaille ses pages (l’évolution du mot « berezina » parle de lui-même), ni le froid insoutenable des steppes. Oui, mais « il y a deux siècles, des mecs rêvaient d’autre chose que du haut-débit. Ils étaient prêts à mourir pour voir scintiller les bulbes de Moscou. » Le narrateur est précisément de la trempe de ceux qu’il a choisis pour héros ; ou bien voudrait l’être, et c’est tout à son honneur. Et son épopée, contée avec l’énergie qui est la sienne autant dans les mots que dans les actes, est à lire avec d’autant plus de plaisir qu’on est calfeutré chez soi.

Sylvain Tesson, Berezina, Guérin

Le Richard III de l’Histoire est-il celui de Shakespeare ? Bas les masques ! (avec précaution)

Si vous avez comme moi un petit faible pour l’humour des sujets de sa Majesté et un autre pour la veine policière, je vous conseille vivement de ne pas passer à côté de Josephine Tey. Si, en plus de cela, les secrets d’histoire vous passionnent, il n’y a pas à hésiter, La Fille du temps, son ouvrage le plus connu, est pour vous. On y accompagne l’inspecteur Grant, immobilisé sur un lit d’hôpital, à la recherche du vrai Richard III d’Angleterre -roi dépeint par Shakespeare comme un affreux sanguinaire et suivi par cette réputation. Intéressé par une représentation du monarque dont le visage lui inspire la sympathie, l’inspecteur cherche par tous les moyens qui lui sont offerts (et ils sont peu nombreux, entre quatre murs, vous voyez ce que je veux dire…) à savoir si Richard III est réellement coupable des crimes qu’on l’accuse d’avoir commis pour parvenir au trône. Véritable prise de position dans ce qui est une controverse historique réelle, le roman regorge de péripéties et de personnages pétillants et nous entraîne dans une enquête des plus originales.

Josephine Tey, La fille du temps, 10/18, collection « Grands détectives »

 

Une sélection spéciale "évasion" de Louise Sauty de Chalon

 

Vous retrouverez ci-dessous une liste de différentes librairies qui pourront, peut-être, vous livrer ces beaux livres:

Fribourg

Librairie Albert le Grand

Librairie Saint-Augustin

Payot

Givisiez:

Interlude

Bulle:

Librairie du Vieux-Comté

Librairie de Cap et de Mots

Romont:

Librairie La Rumeur

 

 

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