Le Rendez-vous des Arts - " Le siècle oublié. Fribourg, les années 1300 " au MAHF jusqu’au 23 février 2020

" Le siècle oublié. Fribourg, les années 1300 "  au MAHF (Musée d’art et d’histoire de Fribourg) jusqu’au 23 février 2020.
Fribourg au XIVè siècle : des églises gothiques à orner, une industrie du drap naissante, les premières utilisations de moulins comme source d’énergie. Un siècle à la charnière d’autres mieux connus, qui fait l’objet d’une passionnante exposition, complète et didactique ; sans oublier, comme c’est l’habitude au MAHF, une série d’activités et de conférences autour du sujet.


Entretien avec Stephan Gasser, commissaire d’exposition et conservateur au MAHF

Quelle a été la genèse de cette exposition ?

Le point de départ a été une œuvre d’importance internationale : le sépulcre pascal de l’abbaye cistercienne de la Maigrauge ; sa datation a été établie avec précision aux années 1330. Il s’agit d’un ensemble de deux pièces : un sarcophage et une sculpture d’un Christ mort. Au Moyen-Age, cette œuvre avait une utilité liturgique le Vendredi Saint : le Christ était mis dans le sarcophage pour représenter la mise au tombeau. Les deux parties de l’œuvre datant de la même époque, il s’agit du plus ancien ensemble de ce type d’objet existant, et son état de bonne conservation en fait une œuvre de réputation européenne. Aujourd’hui, une copie existe chez les sœurs de la Maigrauge, et l’œuvre originale est au Musée. S’est posée la question de la présentation de cette œuvre : dans quel contexte allait-elle être insérée ? Une exposition sur ce type d’objet aurait pu être envisagée, par exemple. Finalement, le sujet a été élargi à l’ensemble du contexte fribourgeois au XIVè siècle.

 
En quoi ce siècle fait-il l’objet d’un oubli, par rapport aux autres siècles du Moyen-Age ?
Les autres siècles du Moyen-Age intéressent la recherche dans des domaines bien identifiés, ce qui n’est pas le cas du XIVè. Ainsi, les XIIè et XIIIè siècles sont ceux de la fondation de Fribourg : la recherche historique s’intéresse à ces années en mettant beaucoup d’énergie à déterminer la date exacte de cette fondation. Le XVè siècle est important d’un point de vue économique pour Fribourg, puisque la production de drap connaît un essor notable. Enfin, du point de vue de l’histoire de l’art, les XIIè et XIII siècles sont ceux du gothique que l’on pourrait dire classique, qui voit notamment la construction des grandes cathédrales en France, tandis que le XVè et le début du XVIè sont ceux du gothique dit tardif ; situé entre ces époques clairement définies, le XIVè n’est pas facile à traiter. Pourtant, c’est une époque où naissent beaucoup de mouvements importants aux XVè et XVIè siècles : ainsi, la production de drap qui, avant de s’ouvrir à l’exportation internationale, s’est développée à cette époque à l’échelle régionale.   


Qu’est-ce qui gagne le plus à être retenu de ce siècle, selon vous ?
C’est au XIVè siècle que Fribourg gagne le statut de ville importante au niveau régional. Elle connait un accroissement formidable du nombre d’habitants, qui passe de 1000 à près de 5000, qui va de pair avec une forte expansion géographique : l’incorporation de nouveaux quartiers et le nouveau tracé des remparts de la ville ont défini une superficie qui a été la sienne jusqu’au XIXè siècle !
D’un point de vue artistique, une cinquantaine de sculptures nous sont parvenues. Beaucoup sont de grande taille, ce qui requiert une habileté technique spécifique, et de très bonne qualité, surtout pour celles de la première moitié du XIVè : une richesse remarquable si l’on compare aux collections des autres cantons. Ceci peut s’expliquer par le fait qu’à cette époque, de grandes constructions sont
achevées à Fribourg et il faut les aménager : la future cathédrale (à l’époque simple église paroissiale), l’église des Franciscains, celle des Augustins.  


Quel héritage conserve Fribourg de cette époque ?
C’est dans les années 1300 qu’on a commencé à utiliser les moulins comme source d’énergie : les historiens parlent de proto-industrialisation. Ces moulins se situaient dans la vallée du Gothéron et sur des étangs autour de l’Université. Si l’on pense à la recherche actuelle d’énergies alternatives, on peut penser que ce moyen s’est développé alors ! Et bien entendu, nous bénéficions aussi du patrimoine architectural et artistique religieux hérité de cette époque.  

Louise Aoi Sauty de Chalon

Merci à Stephan Gasser

Crédits photos: Pierre-Yves Masot

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