Le (bon) goût des autres

«Au Café – Une soif de société» 

Au temps où le patron faisait le café (au propre et au figuré), le breuvage n’était que prétexte aux retrouvailles entre amis, flirt et autres jeux. Qui ne se souvient de Mama Leone au Tunnel ou du petit trot de chien dont Marie-Rose Holenstein, patronne du Gothard, était invariablement suivie? Moi, je dois l’avouer, est c’est tout à l’honneur du MAHF de faire connaître ou de rappeler ces institutions fribourgeoises aux amoureux de la ville d’hier comme d’aujourd’hui. Du grain produit en Arabie du Sud à la tasse de café au lait de la marquise de Montespan, des tavernes médiévales aux cafés-concerts du jovial chansonnier Max Folly, le café est abordé sous une multitude d’angles, privilégiant l’anecdote sans oublier l’histoire. Les artistes ont leur mot à dire: le monde masculin du café au XIXème siècle se découvre dans les croquis de François Bonnet, tandis que Jean-Louis Tinguely peint avec minutie des intérieurs de bistrots chiches en clientèle mais aux décors chargés d’histoire. Avant tout, les objets et oeuvres exposés donnent à mesurer la valeur sociale inestimable du café comme lieu de vie, lieu de tous les possibles, à la faveur d’une scénographie remarquable et émaillée de supports interactifs. Musique, ambiance, décors reconstitués, tout y est ; et l’on se prend à rêver de ginguette, « Allez venez Milord, vous assoir à ma table » … Alors, à quand un café au MAHF ? 

Entretien avec Constance Rabagnac-Kinsky, co-commissaire de cette foisonnante expo : 

Comment l’idée d’une expo sur le café est-elle venue? 

Verena Villiger, directrice du MAHF, avait cette idée depuis longtemps. Arrivée à Fribourg dans les années 1970, elle avait été étonnée par le nombre de cafés de cette ville et par leur ambiance caractéristique, comme lieux de rassemblement des sociétés d’étudiants et de brassage social. Le constat d’une diminution progressive du nombre de cafés, remplacés par des chaînes où la consommation a pris le pas sur l’interaction, a motivé l’organisation de cette expo, sorte d’hommage au bistrot où l’on prend son temps. 

Peux-tu nous présenter les objets de l’expo qui te parlent le plus? 

Les croquis de François Bonnet ont été une belle découverte pour moi. C’est un peintre français du XIXème siècle installé en Suisse qui nous a laissé une trace très intéressante de la bourgeoisie montante qui se réunissait dans les cafés, avec une gestion du détail bien parlante : ici un jeu d’échecs, là, un billard ou le journal d’un habitué. Il y a aussi plusieurs objets que je garde en mémoire parce qu’ils ont nécessité des recherches épiques, comme la fontaine à absinthe présentée dans la section consacrée aux transgressions liées au café : elle nous a été prêtée par le patron d’une petite distillerie, un passionné dont l’adresse nous a été donnée par un musée de Neuchâtel. 

L’expo aurait-elle un message à faire passer? 

Oui, réinvestissez les cafés ! Prenez le temps de vous parler, faites l’effort de sortir de chez vous ! Il me semble que notre génération est plus casanière que celle des étudiants des années 1970 et que cela tend à nous priver de la richesse des autres.

Louise Aoi Sauty de Chalon - Photos: ©MAHF-Francesco Ragusa

Plus d'infos: www.fr.ch/mahf

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